Paroles

1. Monsieur tout le monde


La vie est une véritable farce
Qu'on attrape un peu par hasard
Au fond d'un lit ou d'une baignoire
Parcouru de perceptions éparses
Je me réveille dans le brouillard
A la recherche d'un café noir


Salle de bain devant la glace je me fixe dans les yeux
Victime d'une question tenace : cravate rouge ou cravate bleue ?
On peut lire dans mon regard un abysse de rien
Je ne peux m'empêcher, hagard, de penser que tout est vain

Pourtant j'suis comme ce bon monsieur tout l'monde
Je voudrais parcourir le monde
A la recherche du bonheur
Loin de mes doutes et de mes peurs
J'aimerais faire quelque chose de ma vie
Mais quand je vois tous les ennuis
Qu'on les gens qui sont là où je voudrais
Je me dis ça vaut pas l'coup et je le dis sans regret

La vie passe-passe telle une magicienne
Qui nous enivre d'illusions
Et puis se rit d'la confusion
Cousu de mes corvées quotidiennes
Se dessine en moi l'impression
D'être plus miné qu'un crayon

Frustré de ne pas avoir la vie dont je rêve en secret
Pourtant pas sûr de vouloir tout changer si ça m'arrivait
Plus de gloire, plus d'inquiétude, plus de vicissitude
Plus d'argent, plus de soucis, et plus de paparazzi

Pourtant j'suis comme ce bon monsieur tout l'monde
Je voudrais parcourir le monde
A la recherche du bonheur
Loin de mes doutes et de mes peurs
J'aimerais faire quelque chose de ma vie
Mais quand je vois tous les ennuis
Qu'on les gens qui sont là où je voudrais
Je me dis ça vaut pas l'coup et je le dis sans regret

Raison contre rêve, bataille de mon vivant
Pas l'ombre d'une trêve entre les aspirants
Rouge contre bleu, teinture de mon tourment
Et si j'dois rester entre deux, j'prendrais l'nœud papillon coulant

Frustré de ne pas avoir la vie dont je rêve en secret
Pourtant pas sûr de vouloir tout changer si ça m'arrivait
Plus de gloire, plus d'inquiétude, plus de vicissitude
Plus d'argent, plus de soucis, et plus de paparazzi

Pourtant j'suis comme ce bon monsieur tout l'monde
Je voudrais parcourir le monde
A la recherche du bonheur
Loin de mes doutes et de mes peurs
J'aimerais faire quelque chose de ma vie
Mais quand je vois tous les ennuis
Qu'on les gens qui sont là où je voudrais
Je me dis ça vaut pas l'coup

Pourtant j'suis comme ce bon monsieur tout l'monde
Je voudrais parcourir le monde
A la recherche du bonheur
Loin de mes doutes et de mes peurs
J'aimerais faire quelque chose de ma vie
Mais quand je vois tous les ennuis
Qu'on les gens qui sont là où je voudrais
Je me dis ça vaut pas l'coup et je le dis sans regret

2. Ensemble séparément


Avec mon coiffeur on a du couper court et avec mon chauffeur on avait fait le tour
Avec mon écrivain on s’volait dans les plumes, avec mon musicien ça montait en volume
Avec ma lingère on s’est mis dans d’beaux draps, avec ma toiletteuse on était chien et chat
Avec ma cuisinière on s’est crêpé l’chignon, et avec ma plongeuse on a touché le fond
Avec mon horloger-réparateur, on a trop cherché midi à quatorze heures
Et mon peintre m’en a fait vraiment voir de toutes les couleurs.

Avec mon lieut’nant on était plus alliés, et avec ma voisine on n’était pas liés
Avec mon boulanger on s’est mis quelques pains, ma bourgeoise m’a bien stipulé son dédain
Avec mon chimiste c’est dev’nu explosif, avec ma prisonnière c’était très évasif
Avec mon prof de surf on était dans le vague, et avec mon tailleur ça partait en zigzag
Avec ma télé-informaticienne, on a fini par se taper sur l’antenne
Et mon dentist’ avait vraiment une dent contre la mienne

Le plus agaçant c’est qu’à chaque fois qu’on se dit qu’on est fait l’un pour l’autre
On rêve toujours de ce qu’on n’a pas, tout ce qu’on a pas chez le nôtre…

Mon imprimeur manquait de caractère, ma romancière n’était pas romantique
Mon forestier avait une mine austère et ne f’sait pas lave-linge automatique
Ma conteuse n’avait pas de compte en banque, ma porno-star n’était jamais en manque
Ma pasteur était loin d’être angélique, mon percepteur manquait d’humour et ça c’est authentique

Avec mon cycliste j’ai perdu les pédales et avec mon pompiste c’était pas la totale
Avec mon cordonnier ça marchait plus tant bien avec mon teinturier ça perdait de son teint
Avec ma vendeuse j’avais pas le ticket, et avec ma fleuriste c’était le bouquet
Avec ma cantatrice c’est parti en trille, et puis ma poissonnière a joué les anguilles
Et avec ma météorologiste, ben de temps en temps c’était vraiment pas triste
Et mon rabbin me faisait l’amour comme un percussionniste
Le plus agaçant c’est qu’à chaque fois qu’on se dit qu’on est fait l’un pour l’autre
Il y a toujours « kek’ chose » qu’on n’aime pas, qui n’nous dérange pas chez les autres…

Ma prom’neuse avait les mains baladeuses, mon jockey me marchait sur les talons
Ma diététicienne avait les joues creuses, et mon boucher avait les côtes en long
Mon ch’minot avait un gros arrière-train, mon barbier avait un poil dans la main
Mon mat’lot avait de grandes écoutilles, mon joaillier travesti n’avait pas plus d’bijoux d’famille
Et pourtant je ne suis pas difficile, mais homme ou femme, toutes mes idylles
M’ont convaincu qu’une union optimale ne se fait qu’en position horizontale
Pourquoi construire un amour platonique, puisqu’au tournant la mort nous fait la nique
Et que de toute façon des deux côtés, très vite on n'a plus envie de..se parler

Ton ophtalmo ? – Je pouvais plus le voir - Ton oto-rhino ? – J’pouvais plus le blairer
Ton dermato ? – J’l’avais pas dans la peau - Ton ostéo ? - Il me brisait les os
Ta photographe ? – Et ben j’ai pas flashé - Ta chorégraphe ? J’l’ai envoyé valser
Ton eskimo ? – Il m’a laissé de glace - Et ton sumo ? – J’pouvais plus le saquer
Ton châtelain ? – C’était juste pour son fric - Ton garagiste ? – C’était juste pour son cric
Ton pharmacien ? – C’était juste pour un trip - Ton médecin des poumons ? C’était juste pour une…

Alors je vous le dis tout simplement, Pourquoi faut-il que l’on perde son temps A
chercher un amour pur et durable, quand se séparer est bien plus profitable
Puisque nous sommes fait pour vivre ensemble, vivons ensemble mais séparément
C’est bien plus amusant et ça durera beaucoup plus longtemps



3. L'accusé


L’accusé se leva, il était entouré
Du grand conglomérat d’un peuple révolté
Qui l’accusait sans preuve, sans témoin recevable
D’être le seul coupable de toutes ses épreuves

Après un grand silence, les juges dans leurs grandes toges
Prononcèrent la sentence, et tout l’monde fit l’éloge
Du sang-froid sans pitié de ces hauts fonctionnaires
Qui en chœur déclamèrent qu’on tuerait l’accusé

C’est alors dans le vacarme de l’ignorance du drame
Que l’accusé sans un mot s’échappa loin du complot

Pauvre gens, pauvres fous
Vous courez vers le trépas
Vous courez pour rattraper le temps
Alors qu’il est sous chacun de vos pas

Dans ce moment magique, chacun imagina
Qu’il pourrait sans réplique pendre l’accusé pour soi
On rêva de pouvoir et d’immortalité
En scrutant l’accusé…. (parlé :) Mais, où est-il ? Vous l’avez vu ?- non. - Et vous ? - non plus !
Quand les juges remarquèrent qu’il avait disparu
Ensemble ils s’épleurèrent : « c’est affreux, nous l’avons perdu »
Le public s’emporta : « l’accusé, c’est d’l’argent ! »
Cria-t-il s’adressant aux pauvres magistrats

Le mot déclencha la panique, tout le monde criait à pleine voix
Les juges accusaient le public, et chacun l’autre accusa

Pauvre gens, pauvres fous
Vous courez vers le trépas
Vous courez pour rattraper le temps
Alors qu’il est sous chacun de vos pas

L’accusé dans sa fuite laissa bien quelques pistes
Mais il n’y eut pas de suite à ce procès d’autistes
Et les braves gens stressés longtemps s’évertuèrent
A lui courir derrière à fin de l’rattraper

Mais ce n’est point secret : l’accusé fait bien les choses
Et plus les gens couraient, plus on réduisit les pauses
D’accusé en accusé, on combattit le stress
Mais on n’avait de cesse d’avoir peur de s’ennuyer

Les horloges devenaient folles, les gens ne touchaient plus terre
Une seule héroïne fière n’avait pas perdu son sol

C’était la musique bien sûr avec son entraînant refrain,
Qui rassemble et qui rassure, qui nous fait oublier demain
Elle nous fait si bien oublier que nous sommes nés pour mourir
Et sans métaphysiquer nous fait pleurer et nous fait rire

Pauvre gens, pauvres fous
Vous courez vers le trépas
Vous courez pour rattraper le temps
Alors qu’il est sous chacun de vos pas

4. Conjugal à tous les temps


Cette fois, ça y est, j’ai appuyé
Sur l’bouton vert du téléphone
Je suis sûr que j’vais bredouiller
Si tant est qu’j’deviens pas aphone

Je vais encore m’payer la honte
Demain toute l’école rira d’moi
J’aurais l’impression d’être en fonte
Dans la cour à chacun d’mes pas

Ils me diront qu’est-ce que t’as cru
Qu’elle allait tomber dans les bras
Tu es idiot ou t’avais bu ?
Cette fille-là, c’est pas pour toi !

Qu’est-ce qui m’a pris de l’appeler
Elle se souvient p’têt’ même pas d’moi
Elle va m’envoyer balader…
Tiens, ça répond… c’est son papa

Bonjour Monsieur, je souhaiterais
Parler à votre charmante fille
Elle n’est pas là (non c’est pas vrai…)
Excusez-moi, je rappellerai

Non, non attendez cher jeune homme
J’espère qu’vous n’lui faites pas la cour,
Pas du tout, j’voulais juste en somme
Une explication pour un cours

Ah bon, alors je vous la passe
(euh.. l’salaud) oui, allo ?
Comme on n’est pas dans la même classe
J’ai raccroché sans dire un mot

Cette fois ça y est j’ai appuyé
Mes grandes mains tout autour des siennes
Juste après avoir bafouillé
Oui je le veux, comme à l’ancienne

L’épouser était-ce le bon choix ?
J’en entends qui ricanent derrière
Le curé a l’regard en croix
Même l’orgue a un air à deux airs

Et le petit neveu chargé
De nous apporter les alliances
Qui s’encouble dans une rangée
C’est un signe de toute évidence

Puis ce ballot d’ensoutané
Après l’échange des bagues rondes
Me fait : ‘ pouvez embrasser la mariée
Comment, ici, devant tout l’monde ?

A c’moment-là j’ai j’té un œil
Dans l’assemblée y avait l’beau-père
Qu’était comme s’il était en deuil
Qui m’disait des yeux : accélère !

Comme ça m’gênait j’ai déclaré
Oui mais faut tous qu’ils se retournent !
Allons monsieur me dit l’curé
C’est pas possible, y a pas d’ristourne

Pendant c’temps l’beau père devenait mur
On le voyait devenir tout rouge
Soudain il a cria cette injure
C’est l’herpès ou les dents qui bougent ?

Cette fois ça y est j’ai appuyé
Mes arguments pour le divorce
J’ai dit à l’avocat chargé
Nous, c’est un trait et point en morse

Le temps m’a donné des indices
En véritable indic’ hâtif
De plaidoyer pour l’armistice
De cet amour décoratif

Elle couche avec Alain ? Parfait !
Je n’veux plus entendre parler d’elle
Le train souterrain d’notre affect
Est à mettre au conditionnel

Quand à ma belle famille d’occase
De gens assis sur leur passé
Je risque une pensée discourtoise
Je supporte pas ces cons posés

Et quand ma présente future ex
Plus que parfaite dans ce rôle-là
Me téléphona sans complexe
Et me parla en ces mots-là

Pourquoi te sépares-tu de moi
Qu’ai-je donc de si intransitif ?
J’l’ui ai dit c’est « que tu ne sais pas »
Au temps du présent subjonctif.

5. Célibataire


J’en voudrais une pas fumeuse
Mais qui soit un peu allumeuse
Alors là, déjà, j’suis grillé…

J’en voudrais une bricoleuse,
Et donc un tout p’tit peu vicieuse
Des clous ! C’est mal emmanché...

Une chanteuse, mais une qui trime
Et qui soit la reine de la rime
Une qui soit vraiment très belle
Et qui soit la reine du rimmel

J’en voudrais une pas épineuse
Mais qui soit tout de même plantureuse
Je sens qu’je vais végéter !

J’en voudrais une pas religieuse,
Mais qui soit tout de même savoureuse
C’est l’chou blanc assuré !

Une qui ne soit pas blonde
Qui ne rêve pas d’refaire le monde
Et qui n’tienne pas son molfina
En s’demandant : ou donc est passé mon nokia ?

Il faut qu’j’en trouve une rapidement
C’est l’hiver sentimentalement
C’est libre venez seulement
Célibataire
Il faut qu’j’en trouve une rapidement
En tout cas ce s’rait mieux avant
Que le peu de charme que j’aie s’évente
Et que ma testostérone fermente

J’en voudrais une pas trop con
Et qui ait d’l’imagination
Z’auriez pas une idée ? Quelque chose ?

J’en voudrais une pas glaçon
Et qui aime le milk-shake maison
Garçon, la même chose !

Une qui n’confonde pas mozart en la
Avec un fromage à pizza
Et qui ne se relève pas
Pour finir la mousse chocolat

Une qui aime les jeux de balle
Mais pas David du Real
Alors là tout est footu

Une qui ne soit pas banale
Qui restera dans les annales
Alors là, j’lai dans l’…

Ca commence vraiment à manquer
Personne à pouvoir cajoler
Je n’suis pas un tombeur prodigue
Et en plus à force, j’ai l’poignet qui fatigue

Il faut qu’j’en trouve une rapidement
C’est l’hiver sentimentalement
C’est libre venez seulement
Célibataire
Il faut qu’j’en trouve une rapidement
En tout cas ce s’rait mieux avant
Que le peu de charme que j’aie s’évente
Et que ma testostérone fermente

Et pendant ce temps au boulot
Mes collègues rient de mon fardeau
Et les femmes essaient de m’caser
Pour éviter de se mouiller
Toute façon c’est pas parmi elles
Que j’vais trouver l’alter ego
En tout cas pas auprès de celle
Qui voulait faire des transparents recto-verso

Bien-sûr je sais qu’j’suis pas Brad Pitt
Et qu’un tas de défauts m’habite
Non… de ce côté-là, ça va !

Et même si je fais le ménage
La vaisselle et le repassage
Ben malheureusement ça suffit pas !
Alors je me satisferai
De pas tout à fait c’que j’voulais
Je s’rai moins difficile au choix
Et je prendrai ce qui viendra
Même si elle s’habille pas chez Dior
Même si son silence n’est pas d’or
Même si son père est colonel
Même si elle n’aime pas Yann Lambiel
Même si elle adore le Macdo
Même si elle écoute Soprano
Même si elle ne parle pas français
Tout sauf le suisse-allemand, jamais !
Même pas vraiment très jolie
Même sans grandes économies
Même qui n’aime pas les jeux
Mais alors il faudra qu’elles soient…

Deux !

6. Elle m'a donné


Je l’ai croisée par hasard
Elle sortait d’une boîte, il était tard
Elle était féminine
Mais elle était aussi insaisissable
Qu’une princesse sortie d’une fable
Dans son manteau d’hermine
Elle s’est approchée de moi
Et m’a murmuré : « Je suis à toi »
Prends-moi dans tes doigts
Prends-moi dans ta voix
Fais-toi partie de moi

Elle m’a donné son âme
Donné sa flamme
Elle a fait de ma vie un immense paradis
Donné l’espoir
Donné de croire
En un monde meilleur qu’aujourd’hui
Elle a changé ma vie

Elle me conta son histoire
Et m’entraîna dans son exutoire
Chacun de ses mystères
Rendaient mon cœur aussi inconsolable
Qu’une enfant au château de sable
Balayé par la mer
Mais ses mouvements endiablés
Ont éclairé ma pauvre psyché
Elle m’a allumé
Elle m’a envoûté
Elle m’a permis d’aimer

Elle m’a donné son âme
Donné sa flamme
Elle a fait de ma vie un immense paradis
Donné l’espoir
Donné de croire
En un monde meilleur qu’aujourd’hui
Elle a changé ma vie
Elle m’a donné le temps
Donné vingt ans
Chaque fois que mon corps se sentait devenir vieux
Donné l’espace
Donné ma place
Montré ce que j’avais de mieux
Elle m’a ouvert les yeux

7. Par delà les distances


Huit cent deux miles à tire d’ailes
Deux contrées et trois fleuves m’éloignent de celle
Qui transposait mon coeur en réseau d’étincelles
Devenues virtuelles

De nos tendresses partagées
Ne reste qu’un amour instrumentalisé
Que quelques sentiments dactylographiés
Sur un écran figé

Car tu es partie loin de moi
Sans regarder derrière toi
Mais je sais que tu penses toujours à moi

Ô ma belle étrangère
Toi l’adultère de mon ennui sur cette terre
Voudrais-tu devenir
La petite mort
De mon avenir
Et faire planer
Mes phrasés
Car tu es
L’hôtesse de mon air
Je l’espère

J’ai pris ma plume la plus belle
Pour nous dessiner en montgolfière arc-en-ciel
Et m’élever au-dessus des sanglots de mon fiel
Dans ton amour nacelle

Et d’une voix calfeutrée
Je conduirai l’orchestre de nos destinées
Par delà les distances, esquivant les foulées
Du temps sur nos personnalités et s’il le faut, je prendrai l’épée

Et je virevolterai sur la piste de danse au son de ta complicité
Et je les combattrai les démons de l’accoutumance avec sincérité
Sans toujours ni jamais, avec cent mille baisers je lutterai pour nous protéger
Avec tes qualités et tes fragilités, je veux t’aimer, je veux t’aimer.

Ô ma belle étrangère
Toi l’adultère de mon ennui sur cette terre
Voudrais-tu devenir
La petite mort
De mon avenir
Et faire planer
Mes phrasés
Car tu es
L’hôtesse de mon air
Je l’espère

8. Suisses en sursis


Ecoute-voir, l’heure a sonné
Tout est foutu, c’est l’annexion
Suisses et suissesses sont décrétés
Espèce en voie d’disparition

Depuis que nous sommes plagiés
Jusqu’au tréfonds de nos assiettes
Et que l’on trouve jusqu’en Corée
De la fondue et d’la raclette

Depuis qu’l’Euro envie notre franc
Pour pouvoir couler le Dollar
Que l’secret bancaire c’est du flanc
Au niveau d’l’or on est mal barre

Depuis qu’nos montres si prisées
Et leurs tic-tacs faisant le temps
Prises pour des bombes nous ont cité
Comme terroristes aux yeux d’l’Otan

C’est bien le dernier refrain, dernier refrain
Avant qu’on n’soit plus que des européens
Sans neutralité, Dieu ! Comment ferons-nous ?
On n’pourra plus voter mou !
C’est bien la dernière danse, dernière danse
Avant une Suisse rattachée à la France
On s’ra le parvis d’l’Italie ou bien le jardin des germains
Mais en tout cas c’est bien fini d’la Suisse et des mérovingiens !

Depuis qu’au niveau de l’indice
Concernant la natalité
On est plus qu’à un virgule six
Enfants par couple séparé

Depuis qu’nos femmes pauvres en balcon
Font des diplômes et puis après
S’épuisent l’œstrogène au charbon
Y’a plus qu’nos vaches qui ont du lait

Depuis qu’le SMI explose en bourse
Cholestérolé d’chocolat
Pour pouvoir terminer la course
Il faudrait appeler la REGA !

Ou bien Helvetia la maman
De Guillaume Tell qui lui a dit :
« Mein Gott, c’est fini maintenant
Tu dois choisir c’est pâtes ou riz. »

C’est bien le dernier refrain, dernier refrain
Avant qu’on n’soit plus que des européens
Sans neutralité, Dieu ! Comment ferons-nous ?
On n’pourra plus voter mou !
C’est bien la dernière danse, dernière danse
Avant une Suisse rattachée à la France
On s’ra le parvis d’l’Italie ou bien le jardin des germains
Mais en tout cas c’est bien fini d’la Suisse et des mérovingiens !
Depuis Nordmann, depuis Chery
Qui a Bruxelles font les yeux doux
Depuis Ruey Deiss et Jaggy
On a l’air fin et puis surtout,

Depuis qu’au conseil fédéral
Nos Blocher et nos Calmy-Rey
Jouent les stars au téléjournal
Et s’vendent aux enchères sur Ebay

Depuis qu’la Suisse est envahie
Par de jeunes cons moitié glandeurs
Depuis qu’elle est ensevelie
Sous un tas d’vieux conservateurs

Le suisse moderne, que j’représente,
Commence à s’poser des questions
L’âge de la r’traite montant la pente
Plus d’AVS, plus d’succession

Même les trois demis par tête
Qu’on boit sur la terrasse du coin
C’est bientôt du Californien
Bref c’en est fini de l’helvète !

C’est bien le dernier refrain, dernier refrain
Avant qu’on n’soit plus que des européens
Sans neutralité, Dieu ! Comment ferons-nous ?
On n’pourra plus voter mou !
C’est bien la dernière danse, dernière danse
Avant une Suisse rattachée à la France
On s’ra le parvis d’l’Italie ou bien le jardin des germains
Mais en tout cas c’est bien fini d’la Suisse et des mérovingiens !

9. Soir de fête


Ce soir c’est la fête au village
Le soir où même les filles anodines
Donnent toutes une impression de première page
De magazine
C’est le soir où les adolescentes
Imitent les femmes et inversement
Le soir où les gars se les disputent
A coups d’poings dans les dents

Il y a des estrades où jouent des musiciens nomades
Les restos font devanture et ça sent la friture
Des forains et leurs stands de jeux pour petits et grands
Et la grande roue au loin
Moi j’monte pas, j’ai trop les foins !

Les ruelles vides de coutume sont toutes animées
Ca bouchonne, on s’faufile, on se marche sur les pieds.
Ton bassin se colle contre celui d’une jolie fille : « S’cusez mademoiselle »
Et juste après tu te fais tout petit pour éviter un gros barbu en marcel

Ce soir c’est la fête au village
Le soir où même les filles anodines
Donnent toutes une impression de première page
De magazine

C’est le soir où les adolescentes
Imitent les femmes et inversement
Le soir où les gars se les disputent
A coups d’poings dans les dents

Y a Vincent le pêcheur qu’est un sacré tombeur
« Mon hameçon fait le tri car les thons sont d’sorties »
La patronne du Bistrot s’frotte les mains dans le dos
Le maire prend son bain de populace
En essayant d’pas faire la grimace

Y’a le bar des trentenaires où il y a tous les célibataires
Les quadras se trémoussent en renversant leurs mousses
Les quinquas s’engueulent politique sur un banc
Les sexas sont à leur balcon : « C’est pas bientôt fini c’boucan ? »

Ce soir c’est la fête au village
Le soir où même les filles anodines
Donnent toutes une impression de première page
De magazine
C’est le soir où les adolescentes
Imitent les femmes et inversement
Le soir où les gars se les disputent
A coups d’poings dans les dents

Au bar du basket, les filles se sont fait des couettes
Elles distribuent de la sangria, et puis de la barbe à papa
La musique est plus forte, il faut crier en quelque sorte
Ou alors parler plus près, mais pour l’haleine, c’est pas discret.

Au stand d’la FSG, les filles nous font chavirer
A coup de quelques grands écarts « ça peut servir ! » disent les fêtards
Au bar des amis, y en a qui se battent « ben c’est du joli ! »
Ceux du ski club ont l’gosier en pente, c’est les rois d’la descente

Et si l’on se perd, mieux vaut avoir un repère
Sinon c’est comme en chercher un pas éméché au petit caveau de l’évêché
D’ailleurs il se fait tard, y a bientôt de tout sur le trottoir
Ceux d’la croix rouge, noirs, emportés par ceux de la croix bleue

Puis soudain, minuit qui sonne, au carillon de la grande église
Entre nos oreilles ça résonne, on se rentre avant qu’on s’enlise
Mais on a le doux sentiment d’avoir vécu un grand moment
C’est sûr on reviendra sans peine l’année prochaine

Dors bien ma belle cérémonie, toi qui as sublimé toutes filles
Qui ont mis leurs charmes en avant pour trouver le prince charmant
Toi qui as permis aux adolescentes de jouer aux femmes et le plus inquiétant
C’est que parfois elles jouent si bien qu’on en oublie que ce sont des enfants.